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Les Espaces Sûrs de Côte d’Ivoire inspirent la Gambie
19 août 2026
San Pedro, Côte d’Ivoire – Dans une salle de classe transformée en lieu d’écoute et de confiance, Grâce Déborah, élève en quatrième, raconte comment sa participation à un Espace Sûr a changé la façon dont elle envisage son avenir.
« J'avais peur que quelqu'un me dise que j'ai changé. Mais maintenant, j'ai confiance en moi », explique-t-elle avec assurance. « Je sais que je vais faire de grandes choses quand je vais grandir. »
Derrière cette transformation individuelle se trouve une approche qui accompagne des milliers d’adolescentes en Afrique de l’Ouest et du Centre. Aujourd’hui, l’expérience acquise en Côte d’Ivoire aide un autre pays, la Gambie, à préparer ses propres Espaces Sûrs dans le cadre de SWEDD+.
Une délégation gambienne s’est ainsi rendue à San Pedro pour comprendre non seulement le fonctionnement du modèle ivoirien, mais aussi les conditions de sa réussite, les difficultés rencontrées et les solutions mises en place. L’objectif n’est pas de reproduire le dispositif à l’identique, mais d’en adapter les enseignements aux réalités gambiennes.
« Notre mission en Côte d'Ivoire consiste à tirer le meilleur parti possible du modèle mis en œuvre par ce pays pour reproduire les réussites qu'il a enregistrées dans la mise en place de ses Espaces Sûrs», explique Isatou S. Jallow, Responsable principale de l’Éducation au ministère gambien de l’Éducation de base et secondaire.
Agir avant que les difficultés ne deviennent des crises
Les Espaces Sûrs réunissent régulièrement des adolescentes autour de mentores formées. Elles peuvent y parler de confiance en soi, de santé, de violences basées sur le genre, de mariage précoce, de scolarité, de compétences de vie et de leurs aspirations.
SWEDD soutient deux modèles complémentaires : les Espaces Sûrs scolaires, intégrés aux établissements pour favoriser le maintien des filles à l’école, et les Espaces Sûrs communautaires, qui permettent d’atteindre les adolescentes non scolarisées ou déscolarisées, notamment dans les zones les plus vulnérables.
Ces espaces ne servent pas seulement à transmettre des informations. En créant une relation de confiance, ils permettent aux filles de parler de leurs difficultés, de renforcer leur capacité à prendre des décisions et de demander de l’aide avant qu’une situation ne compromette leur avenir.
Cette approche répond à un principe central de la communication pour le changement social et comportemental : les connaissances seules suffisent rarement à transformer les trajectoires. Elles doivent être accompagnées de compétences, de modèles positifs et d’un environnement familial, scolaire et communautaire favorable.
Des enseignements directement applicables
La Gambie a déjà identifié trois régions pilotes. La visite en Côte d’Ivoire lui a permis de dégager plusieurs conditions essentielles pour leur mise en œuvre. La première est de placer les adolescentes au centre des échanges. Plutôt que de dispenser des cours magistraux, les mentores encouragent la participation, le dialogue et l’expression de préoccupations parfois difficiles à aborder ailleurs. « Leur façon de travailler dans ces Espaces Sûrs est tellement conviviale qu'elle facilite l'apprentissage. En d'autres termes, ils interagissent avec les enfants, qui sont au cœur des leçons que leur dispense leur mentore», souligne Isatou S. Jallow.
La deuxième leçon concerne l’engagement des parents et des communautés. Leur compréhension et leur adhésion sont indispensables pour permettre aux adolescentes de participer aux sessions et pour renforcer, au-delà des Espaces Sûrs, les changements encouragés par le mentorat.
Le modèle présente également l’avantage de pouvoir être adapté aux ressources disponibles. Il ne dépend pas nécessairement d’un bâtiment ou d’une infrastructure spécifique : l’essentiel est de disposer d’un endroit où l’adolescente et sa mentore se sentent suffisamment en sécurité pour échanger librement. Cette flexibilité facilite son déploiement dans les zones rurales ou disposant de moyens limités.
Des changements visibles dans les écoles
Au Lycée Moderne Lucien Yebarth de San Pedro, les effets des Espaces Sûrs se manifestent notamment dans le rapport des adolescentes à l’école. « Depuis l'arrivée du projet ici, les filles ont un cycle un peu plus long à l'école. Elles sont intéressées de plus en plus par l'école et les résultats sur le terrain le prouvent », explique Amara Bakayoko, adjoint au proviseur.
Les Espaces Sûrs offrent également aux filles un accompagnement complémentaire à celui de leur famille. « Ça permet à l'enfant d'être proche des encadreurs. Ça permet à l'enfant aussi d'exposer ses besoins à d'autres personnes que la famille », ajoute-t-il.
Cette confiance peut permettre de repérer des risques qui seraient autrement restés invisibles. Mme Djai Bi Yapi Eulalie, enseignante et mentore, se souvient ainsi d’une adolescente qui a pu révéler des violences sexuelles subies dans son foyer d’accueil et être orientée vers une solution plus sûre.
Elle évoque également une participante qui ne voyait plus de sens à sa présence à l’école. Grâce aux sessions de mentorat, l’adolescente a progressivement repris confiance, redonné un objectif à son parcours scolaire et commencé à envisager un avenir professionnel ambitieux : devenir juge.
Transformer une expérience nationale en ressource régionale
La visite a enfin confirmé qu’un Espace Sûr ne fonctionne pas isolément. Sa réussite dépend de la coordination entre les ministères, les établissements scolaires, les mentores, les familles et les communautés. « Aucune institution ne peut mener à bien ce projet à elle seule. Nous devons donc unir nos efforts et nous mobiliser tous ensemble pour l'autonomisation des filles et des femmes », souligne Isatou S. Jallow.
C’est là toute la valeur de la coopération Sud-Sud portée par SWEDD+ : permettre aux pays de partager non seulement des outils, mais aussi les connaissances pratiques nécessaires pour les utiliser efficacement. En observant ce qui fonctionne, en examinant les difficultés et en adaptant les solutions aux réalités locales, les pays peuvent progresser plus rapidement et éviter de reproduire les mêmes obstacles.
Pour la Gambie, les enseignements sont clairs : associer les communautés dès le départ, placer les filles au centre de l’apprentissage, utiliser avec souplesse les espaces disponibles et construire une coordination solide entre les institutions.
L’expérience d’une adolescente comme Grâce Déborah devient ainsi plus qu’une réussite individuelle. Partagée entre les pays, elle contribue à dessiner une feuille de route régionale pour aider davantage de filles à rester à l’école, à demander de l’aide et à construire leur propre avenir.








